
En hommage aux illustres écrivains de l’OULIPO (OUvroir de LIttérature Potentielle), et plus précisément de l’OULIPOPO (OUvroir de Littérature POlicière Potentielle), le Comte de Sué plaça le fondement de son œuvre dans un OULIPOPO de chambre.
Nous signifions par là que, dans l’intimité de son cabinet, Monsieur le Comte recueillit sa matière littéraire sous l’effet stimulant de contraintes qu’il se fixa en toute liberté. Voici son cahier décharge.
● Découpage en quinze chapitres
Ce qui, avec une lettrine par tête de chapitre, donne quinze lettrines, qui adressent un clin d’œil au romancier Jean-Bernard Pouy, tel qu’il se manifestait naguère dans la précieuse émission de France-Culture intitulée “Des Papous dans la tête”.
Voilà qui vous semble abscons comme la Lune ?
La lumière est à portée de regard : en cliquant sur le lion ci-dessous, vous pourrez lire une épatante nouvelle policière offerte par le Comte de Sué (qui pour l’occasion emprunta un pseudonyme à la lyonnaise dédié au créateur du célèbre commissaire Jules Maigret).
Les quinze lettrines s’y nichent.
● Courbe en cloche
Dans chacun des trois romans du Comte, le nombre de pages par chapitre croît jusqu’à atteindre son maximum en milieu de livre, puis il décroît jusqu’à la fin.
Ce nombre décrit ainsi une “courbe en cloche”.



Outre la beauté de la secrète symétrie, la croissance des chapitres vise à entraîner en douceur la lectrice (le lecteur) au cœur de l’intrigue ; puis, la décroissance des chapitres suivants doit aspirer vers le suspense du dénouement.
Par surcroît, il n’est pas totalement exclu que, sans être un battant ni avoir le bourdon, l’auteur puisse raisonner comme une cloche…
En revenant au respect que nous lui devons, notons que M. le Comte aime compter ses pages, que nous aimons tourner (plaisir royal). Les bons comtes font les bons amis. Comptage et symétrie nous invitent au domaine de la mathématique.
Là où le nombre d’or d’un œil, le cercle est vicieux et le carré ment…
Sur le carré, le Comte de Sué ne manque pas de convoquer l'approche définitive du pénétrant géo-maître Pierre Dac :

● Comme leur nom l'indique
Dans les fictions du Comte, le nom de chaque personnage prête à sourire.
Exemples : un Roland Debrenne (= relent de merde), le Pâtre Rimonio (= vin corse patrimonio), Marie Tournelle, Edmond Parénovu (lu à l'envers : vous n'aurez pas mon aide), etc., pour le premier roman ;
Rémi Nagorbis (= raminagrobis, gros matou policier), Vincent Sanonsset (qui vint sans s’annoncer), un couple Salcé (des sales c…), etc., pour le deuxième roman ;
Roger Borniquet (un commissaire Roger Borniche peu visionnaire : borniquet = borgne en dialecte lyonnais), Faganat (fumet de pet) et son adjoint Bondon (petite bonde = anus, toujours dans le langage des gones), etc., pour le troisième roman.
● L’art de décaler les sons que débite la bouche
Le Comte de Sué aime à jouer de l’allitération.
Exemples : on trouve dans le premier polar (en Corse), page 40, « chef-lieu niché dans l’attachante échine rocheuse » ; page 50 : « C’est donc décapoté, que le tacot pointe le capot vers la pointe du Cap. » ; et page 141 : « d’une mimique énergique de son athlétique physique, l’ecclésiastique indique qu’il s’applique à cliquer le kick, pour que gicle la musique tellurique de sa diabolique mécanique ».
Notre romancier goûte aussi le zeugme.
Exemples : dans son premier livre (en Corse), page 20, « Lomoko prend un air coquin et le bout de papier griffonné par son patron… » ; page 141 : « acheva sa vie dans la misère et l’arrière-boutique d’un fripier » ; page 172 : « Le conducteur serre les dents et le frein à main » ; et page 204 : « Elle sort de sa réserve, et un calepin de son sac ».
Monsieur le Comte ne dédaigne pas l'à peu près, le jeu de mots laid ou le calembour bon.
Exemples : dans le premier roman (en Corse), page 183 : « répond d’une voix éloignée de la berge de la jeunesse, en cessant de contempler les hauts de la grange » ; dans la deuxième narration (sur, dans et autour du lac du Bourget), le chapitre 11 se termine (page 166) par un imagé « Ses jambes plient. Méphisto fait l’esse », accompagné du classique « il porte les mains vers son sein, et s’affaisse ».
En vieux caneton (avec plus de quatre décennies de lecture assidue de l’hebdomadaire satirique “Le canard enchaîné”), notre auteur pratique volontiers la contrepèterie.
Exemples : un classique en page 34 du premier polar (en Corse) : « Qu’ils aient porté leur choix sur cette date brûlante n’est à coup sûr pas innocent. » ; le chapitre 10 du deuxième livre se termine (page 152) par un délicat « à coups de feu dans les caisses » ; dans le troisième roman (à Lyon), on déniche page 15 « de stériles fouilles dans le coin » ; fin du chapitre 2 (page 18) : « sans être contorsionniste, tu peux voir de près le fou de tes tresses… » ; page 82, « lèchent le mur du quai », etc.
Pour les amateurs, la nouvelle policière intitulée “Mortel rebond”, offerte plus haut à la lecture, recèle un contrepet par chapitre. Bonne chasse !
Monsieur le Comte de Sué a su rester très simple. C’est ainsi qu’il lui plait d’écrire pour le bonheur et l’édification des gueux. En son insondable bonté, il condescend même à lire les commentaires des gens de goût qui constituent son lectorat éclairé (par sa propre auguste lumière).
